" Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche..."

vendredi 1 janvier 2010

Sri Pada





Nous quittons donc Dambulla, accompagnee de Bavani. 07 heures de bus assez epiques tres vite oubliees grace a l'accueil d'une famille. Srilatha, amie de Bavani nous concocte le plat traditionnel:riz, dahl et moult legumes. Raffine et epice, un delice.
La nuit tombe, les pelerins passent en partance ou sur le retour, mais tous illumines...
Le Sri Pada est en effet le lieu de pelerinage que chaque bouddhiste se doit d'emprunter une fois dans sa vie.
Minuit, nous rejoignons nos chambrees. Quelques petites heures de sommeil avant l'aventure.

05h30, 26 decembre 2009. Un the et c'est le grand depart.
Srilatha et son fils de 11 ans nous accompagnent.
Premiere marche d'une longue serie. Premiere sangsue aussi.
Le jour se leve sur un panorama d'exception:mer de nuages et collines de l'homme qui dort...
Premieres rencontres avec les pelerins qui redescendent. Un choc.
Enfants, vieillards soutenus par leurs proches, corps meurtris sans que rien ne transparaisse sur leurs visages. Seule la joie visible, proche de la transe.
Sandales au pied, sac plastique comme unique bagage.
Des sourires, des chants.
Bouleversees par ces rencontres.

Nous sommes les seuls blancs sur ce chemin, repute long et difficile.

Les 5800 premieres marches (!) sont tout a fait regulieres et praticables.
Pauses frequentes pour boire un the dans une des nombreuses echoppes.
Premier repas, il est 13h.

Puis vient le chemin non rehabilite du Sri Pada. Blocs de pierre:passage improbable dans une nature somptueuse. La vie sauvage et ses habitants.

Profiter de chaque instant. Se sentir vivant, marche apres marche.
Le vide se cree, la plenitude s'installe.

Toujours ces regards et ces sourires a jamais graves.
Le Sri Pada s'offre a nos yeux au loin.
Lentement, nous gravissons et les marches et dans l'humanite.
Entraide, les mains se tendent, les remedes s'echangent.
Donner de la nourriture a ceux qui n'en ont pas. Recevoir des sourires, des lecons d'enfants de deux ou trois ans, impassibles a la souffrance (!)
Le Sri Pada si loin si proche, ca n'en finit pas...
Montee vertigineuse jusqu'au sommet (2500m d'altitude)

La nuit tombe. Difficile ascencion.
17h30, pour la premier fois nous marchons sans avoir aucune marche a gravir, apres 12 heures d'effort.
Ambiance surrealiste.
Froid et brouillard. Foi indescriptible.
Bavani nous intronise a la benediction du lieu. On sonne la cloche, une fois en guise de notre premiere venue.

Nous installons notre couche dans un hall: couverture de survie a meme le sol.
La foule se fait plus importante.
Premier fou-rire: la fatigue et la joie forment un melange detonnant. Rire communicatif.
Vient le temps de dormir, mais comment dormir?

Des heures a observer les allees et venues. Des groupes qui s'installent sur une bache, partagent riz et the. L'euphorie de chacun. Les deboires physiques d'autres. Les papillons au plafond ennivres de lumiere. Le vent qui s'engouffre. La foule toujours plus nombreuse.
Proximite indescriptible.
02h du matin: cliche du camp de refugies.
La nuit s'ecoule dans une torpeur, melange de beatitude et d'epuisement.
05h30: debout pour assister au lever du jour.
On devance la foule dans la redescente.

Dimanche 27 decembre,

Apres l'elevation, la redescente.
Lentement toujours.
Un premier the.
Des pelerins de la nuit qui arrivent au sommet. Interrogation mutuelle du regard, tout va bien...
La febrilite du matin se dissipe.
Le soleil nous guide.
Onirique. Cimes des arbres nimbees d'une douce lumiere, aurores d'or caressant les montagnes. Ilots fantomatiques se baignant dans les nuages.
Bavani, superbe d'elegance, sari et chignon impeccables, baton de pelerin en guise d'unique jambe. Rien ne tranparait. Aucune douleur, aucune fatigue, ses pieds nus foulant ce chemin de croix.

Le Sri Pada nous apparait une derniere fois, clair et si mysterieux...

Vient le passage redoute: quelques milliers de marches de pierre.
Vigilance accrue. Plus aucun mot. Encore un moment d'interiorite, un long moment...
Nous franchissons les portes de l'enfer, bon signe.
Et la pluie qui tombe. Il pleut vraiment, comme il sait pleuvoir ici.
Nous decidons malgre tout de reprendre le chemin.
Bavani, un baton dans une main, un parapluie dans l'autre, comme si de rien n'etait.
Fous rires, extenuees, affamees, heureuses!

Premier repas depuis 24 heures!
Chaque instant plus vivantes encore. Et seules sur ce chemin du retour.
La nuit tombe. La pluie toujours. Ce qui sublime la brillance des feuilles, des arbres...
Les marches sont recouvertes d'eau:cascade tumultueuse, mais toujours aucune chute a deplorer...

Enfin, le debut du village. Quelques centaines de marches et nous y sommes.
Crampe aux zyggomatiques.
Bonheur de retrouver "notre" maison...


Images des yeux et du coeur a jamais en nous:

Les chants profonds des pelerins, a en pleurer...
Les enfants dans un etat second, si jeunes.
Les militaires, sacs de sable sur la tete, montant deux a deux ces marches qu'ils restaurent.
Le denuement total des gens.
Les gardiens du temple, au sommet, statues gelees dans des habits de fortune.
Le bruit de la foule entassee.
Cette jeune femme en plein delire de fievre.
L'odeur du Sidalepha omnipresente (baume)
Le partage d'une cigarette dans la nuit.
Cet homme en proie a des convulsions et son cri rauque dechirant la nuit.
Le partage de nos vetemets a cette vieille dame et cette jeune maman. Nous offrant en retour le peu de nourriture au'elles avaient.
La souffarnce. La dignite. Immense
La joie incommensurable.


Notions arithmetiques:
48 heures sur ce chemin de vie
dont, 24 heures de marches (et non pas de marche!)
2 heures de sommeil
2 repas
5 sangsues
plus de 20 000 marches!
(a un moment, on s'est quand meme arrete de compter)

Un merci tres particulier a Bavani, sans qui cette experience aurait ete toute autre. Et le reste de notre voyage aussi...

1 commentaire:

Caro et Fred a dit…

Difficile de commenter ce texte. Les mots que nous pourrions employer seraient fades voire indécents. Je suis encore plein des frissons qui m'ont parcourus à la lecture de ces mots qui content une merveilleuse épopée.
Bonne et heureuse années 2010 à toutes les deux et à ceux et celles que vous croiserez en chemin faisant.