" Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche..."

vendredi 25 janvier 2008

Tranches de vie

La vie, long fleuve tranquille. Une journee entiere a serpenter au milieu des montagnes, sur le Mekong tantot brun, tantot vert, parfois jaune. La saison seche laisse apparaitre des berges sablonneuses qui deviennent alors ou jardinnet, ou aire de jeux ou champs de pature pour les nombreux troupeaux. Voyager ainsi de maniere fluviale coupe des realites du monde. Sentiment d autant plus fort que nous assistons a des scenes de vie tirees d un autre temps. En tout cas d une autre planete. Tableaux de Brueguel l ancien, hommes cameleons se fondant dans le paysage, tantot rochers, tantot arbres...
L espace temps est decoupe selon les taches du quotidien, immuable et rassurant.
Il y a les freles pirogues qui haranguent le fleuve, les chercheuses d or voutees sur leurs tamis. Il y a les moines qui viennent y faire leur toilette, leur robe orange faisant palir le soleil. Il y le flegme des vaches siestant sur un banc de sable; unique indice de presence humaine. Les coteaux proches du feuve sont effectivement tres tres peu habites: 200 kilometres au cours desquels on a pu apercevoir caches 2 ou 3 hameaux.
La, nous faisons escale a Pakbeng. Simple escale d une nuit pour tous les touristes. Nous decidons d y sejourner une journee, charmees par la langueur de ce bourg portuaire. De tres bons moments a regarder les gens vivre, les bateaux passer, le temps s ecouler...
De Pakbeng, nous poursuivons la remontee du Mekong jusqu a Huay Say. Le paysage est different, les montagnes se rapprochent, le fleuve se retrecit. Slalom entre les icebergs de pierre. La beaute demeure.

Est-ce cette traversee du Mekong pendant deux jours qui acheve de nous deconnecter?
Non. Nous sommes sur une autre planete.
Une planete ou la simplicite de vivre perdure, ou le naturel nous enveloppe comme un cocon de kapok, ou candeur ne rime pas avec ignorance, ou le muan, amusement, est une religion, malgre tout: les taches ardues et la pauvrete.
Nous sommes conquises, sourire accroche aux oreilles, par ce peuple multi-ethnique, chaleureux et sincere. La ou le capitalisme violent et stresse n a pas encore reussi a s insinuer.
Charmees par l activite trepidante des marches qui se deroule dans un calme olympien.
Les etals aux trois tomates et aux racines et plantes inconnues.
Subjuguees par ces mamans qui donnent le sein tout en essayant de concocter un sandwich pour etranger; pouvoir dormir n importe ou et n importe comment.
L art de commencer la journee en balayant devant chez soi, sans en avoir l air.
Il y a aussi ces silhouettes accroupies qui forment un cercle, au centre duquel tronent le pot de riz et les feuilles de bananier.
Les femmes qui s epouillent sur le pas de la porte aux heures chaudes.
Les gamins qui s ebahissent du moindre nouveau jeu decouvert, la morve au nez.
Il y a ces visages, tailles a la machette, enveloppes d un couvre-chef: sarong, tissu, serviette de bain.
Il y a aussi cette formidable patience tout le temps, particulierement dans les transports.
Le Laos, plus qu une enfilade de paysages, c est peut etre cette unicite des gens.
Merveille du 21 emme siecle: le naturel, la purete. Grande Beaute.

Nous sommes arrivees ce midi dans un autre joyau du Laos: Luang Nam Tha. La province habitee par le plus grand nombre d ethnies differentes. Ici, on va reapprendre les couleurs: thai noir, thai blanc, akkha, hmong, liu.....
Demain, nous partons pour trois jours de decouverte de la zone protegee du meme nom, a camper dans la foret, a ramasser des plantes medicinales, a rencontrer les tribus environnantes et a marcher pas mal. A priori 6 a 7 heures, chacun de nos pas contribue de plus a l economie locale, tant de la foret tant des gens. Si envie d infos, voir green-discoverylaos.com ainsi que www.trek-for-the-people.com

Plein de pensees a vous.
Heureuse que le temps soit clement, parce que meme a 18 je mets la laine, deja trop habituee.... Ca promet.
Apartee a Michele: Raphaele reussit dorenavant a faire pipi n importe ou, a sa voir en pleine rue c est meme possible.... Incroyable. Il faut dire que les arrets pipi sont une envolee de moineaux, tres rapides et on repart avant que le bus ne refroidisse.... Vous rigolez peut-etre, mais 8 heures sans pipi c est dur, surtout dans un bus qui remue....

Elrik, bien le bonjour. Et a tous les fideles, notamment Labiche, sale gosse et geo, que nous sommes contentes de retrouver, des enormes bisous.

On ne vous cache pas que l on a pas trop envie de rentrer.....
A plus tard, si on ne se perd pas dans la foret...

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Nos tribulations pour vous suivre à travers le dédales de nos activités, sont loin d'être aussi fabuleuses que les vôtres ; j'ai même présumé de mes forces !!! nous avons un raté sur l'envoi du premier et précédent message que nous affichons tout de même à la date concernée (sens oblige !).
Mea culpa de la mêtraice.
amitiés

Anonyme a dit…

Trop beau, pas de mots...
Tiens, aujourd'hui, je suis grillée par la dirlo !

Anonyme a dit…

Que de beauté,de poésie.Que ce récit est apaisant.Depuis le début du voyage,tous les récits sont beaux et bien écrits,mais celui-là est superbe et de loin mon préféré:Nicolas Hulot peut aller se rhabiller !!!
Vous n'avez pas envie de rentrer , mais ne nous faîtes pas un coup pareil, pensez à nous qui nous réjouissons de vous revoir.
J'aurai,moi aussi des choses à vous dire...début d'année singulier.
Je vous embrasse et vais me coucher : il est 2 h du matin.

Anonyme a dit…

Bien d'accord avec toi sur la splendeur de ce dernier récit, Labiche...
Elles rentreront bien dans quelques semaines, mais ne te fais pas d'illusions, dès que le vent soufflera elles repartiront, dès que le vent tournera, elles s'en alleront... Envoutées, aimantées... Réjouissons-nous de leur sérénité...
Saluts amicaux à Labiche, Geo, JP et Gigi ; et fraternels aux motoristos et jackieetclaudius... Salut à Eustache, qui a pris une année sabbatique, et à tous les blogueurs d'enfants sauvages.
Rien aux filles... (Rien que du bon !)

michman a dit…

Quand on voit a quel point ce voyage peut vous inspirer, on préfère être lecteur que comteur.
Désolé de mon silence, mais j'en reste sans voix ou plutôt doigt.
Je ne peus que vous remercier d'envoyer ces récits oxygénés.
RAS sur le bateau Messin et en attente cruciale de votre prochain épisode.
Grand bonjour aux fidèles blogers

Geo a dit…

Si, vous reviendrez ,car je vous surveille et je vois vos deux
silhouettes jour après jour dans google earth...
Je vous embrasse
Geo

Caroline & Frédéric a dit…

Je me joins aux blogeurs pour vous dire combien le dernier récit est réussi. Je suis certain que vous en avez gardé de nombreuses pages d'écriture par devers vous. Bous sommes impatients de lire le futur best-seller.
J'essaierai de venir à Belfort sitôt après votre etour. Il faut aussi que je donne un coup de main à Jul. De mon coté, je reprends le boulot le 4 février, cela va être dur mais c'est nécessaire pour le porte monnaie et surtout le moral.

Je vous fais de tendres baisers et bonne route.